Sphinx de Gizeh

Le grand sphinx est la plus vaste sculpture monolithique de l'Antiquité. Il n'a pas été assemblé mais dégagé : le corps entier a été taillé dans le banc calcaire du plateau, ce qui explique à la fois ses dimensions et son état de conservation inégal.

Dimensions

Environ soixante-treize mètres de long, vingt de haut, quatorze de large au niveau des épaules. La tête mesure à elle seule plus de cinq mètres de haut. Il est orienté plein est, face au lever du soleil, et se situe en contrebas de la pyramide de Khéphren, dont il prolonge le complexe funéraire.

Datation

L'attribution majoritaire le rattache au règne de Khéphren, quatrième dynastie, vers 2500 avant notre ère, sur la base de l'alignement avec son complexe et du style du visage. Une hypothèse minoritaire l'attribue à Djédefrê, son prédécesseur. Une troisième, avancée dans les années quatre-vingt-dix à partir de l'érosion des flancs, propose une datation beaucoup plus ancienne ; elle est rejetée par la quasi-totalité des égyptologues, l'érosion s'expliquant par la nature des couches calcaires et par les remontées de sel.

Construction

Les ouvriers ont creusé une tranchée en fer à cheval autour du bloc, laissant la masse centrale en place. Les blocs extraits ont servi à bâtir le temple du sphinx, situé juste devant, ce qui donne une preuve directe de la contemporanéité des deux ouvrages. La roche est composée de couches de dureté très différente, la tête étant taillée dans une couche dure et le corps dans un calcaire plus tendre, d'où l'érosion très inégale.

Nez et barbe

Le nez manque depuis longtemps. Les récits attribuant sa destruction aux canons de Bonaparte sont démentis par des dessins antérieurs, dont ceux de Frederik Norden en 1737. Une chronique arabe du quinzième siècle attribue la mutilation à un soufi qui aurait voulu mettre fin à un culte. Une partie de la barbe postiche, tombée dans l'Antiquité, est conservée au British Museum et au musée du Caire.

Stèle du songe

Entre les pattes se dresse une stèle de granit posée par Thoutmôsis IV, au quinzième siècle avant notre ère. Elle raconte que le prince, endormi à l'ombre du monument alors enseveli sous le sable, aurait reçu en songe la promesse du trône s'il le dégageait. Ce texte prouve que le sphinx était déjà ancien et ensablé mille ans après sa construction.

Érosion et restauration

Le sphinx se dégrade depuis sa construction, et les tentatives de le sauver sont presque aussi anciennes que lui. Certaines l'ont abîmé davantage, ce qui fait de son histoire un cas d'école de la conservation du patrimoine.

Le corps est taillé dans un calcaire tendre et feuilleté, de qualité inégale selon les strates. Le sel contenu dans la roche remonte par capillarité, cristallise en surface et fait éclater les couches externes : ce mécanisme, dit efflorescence saline, est responsable de l'essentiel des pertes. S'y ajoutent le vent chargé de sable, les variations de température, et depuis un siècle la pollution atmosphérique du Caire et la remontée de la nappe due à l'irrigation et à l'urbanisation.

Des blocs de revêtement ont été posés dès le Nouvel Empire, puis à l'époque gréco-romaine. Ces interventions anciennes sont elles-mêmes devenues des documents archéologiques, ce qui complique tout projet de dépose. Le monument est resté ensablé la majeure partie de son existence, ce qui l'a paradoxalement protégé.

Le dégagement complet a lieu par étapes entre 1817, avec Giovanni Battista Caviglia, et 1936 avec Émile Baraize. Ce dernier chantier, le plus lourd, a employé du ciment moderne, matériau plus dur et moins perméable que la pierre d'origine, ce qui a piégé l'humidité et accéléré la dégradation du calcaire situé derrière.

Les campagnes des années quatre-vingt ont posé des blocs mal ajustés, retirés ensuite. Le chantier mené à partir de 1990 sous l'autorité du service des antiquités égyptiennes a déposé les ajouts de ciment, remplacé les blocs par des calcaires de carrière compatibles, et posé des mortiers à base de chaux. Un système de rabattement de la nappe phréatique a été installé au début des années deux mille.