Symbolique du Sphinx

Le sphinx associe une tête humaine à un corps de lion. Cette combinaison, qui apparaît indépendamment dans plusieurs cultures du Proche-Orient ancien, réunit deux registres : l'intelligence et la force, l'humain et l'animal, le pouvoir et sa légitimité.

Gardien

En Égypte, le sphinx garde. Il se place à l'entrée des temples, souvent en allées de plusieurs dizaines, comme le dromos de Karnak. Sa fonction est de protéger un seuil et d'intimider celui qui le franchit. Cette valeur de gardiennage se retrouve dans les lamassu assyriens, taureaux ailés à tête humaine placés aux portes des palais.

Royauté

Le visage du sphinx égyptien est celui du roi, coiffé du némès et portant l'uraeus. La figure exprime donc une doctrine : le souverain possède la puissance du lion et l'intelligence de l'homme. Elle n'a rien d'énigmatique dans son contexte d'origine, et c'est la tradition grecque qui lui ajoutera ce caractère.

Solaire

L'orientation vers l'est et l'identification tardive du grand sphinx au dieu Horemakhet, Horus dans l'horizon, l'inscrivent dans un symbolisme solaire. La position entre les pattes du soleil levant, aux équinoxes, a nourri des lectures astronomiques dont certaines sont recevables et d'autres pure reconstruction.

Énigme

C'est la version grecque qui fait du sphinx une figure de la question sans réponse. Le glissement est complet : de gardien immobile et protecteur, il devient interrogateur mortel. La langue courante a retenu cette seconde valeur, et l'adjectif sphinx désigne aujourd'hui celui qui reste impénétrable.

Postérité

Le motif traverse l'art occidental, du maniérisme aux jardins baroques, où les sphinges de pierre encadrent les escaliers. Le symbolisme de la fin du dix-neuvième siècle en fait une figure centrale, associée à la femme fatale et au mystère. Le mot désigne aussi un genre de papillons nocturnes, ainsi nommés parce que leur chenille redresse l'avant du corps dans une posture évoquant la statue.